Monthly Archives: mars 2019

Rouge au Grand Palais

Très belle et intéressante exposition au Grand Palais : « Rouge » présente en 19 artistes et quelque 400 oeuvres l’essor d’un art nouveau au début de l’Union Soviétique jusqu’à sa transformation en art officiel dominé par le réalisme socialiste sous Staline.

On y découvre en première partie l’élan révolutionnaire qui saisit des artistes comme Maïakovski, Lioubov Popova ou Alexandre Rodtchenko dès 1917. Pour eux, l’art doit cesser d’être bourgeois, sortir des musées et expositions pour aller dans la rue et participer à la transformation de la société: le « productivisme », ou art de la production, est né. Le constructivisme appliqué au graphisme et à l’architecture y joue un rôle clé. Ces productions sont d’avant-garde, parfois à la limite de l’abstraction, et peinent à séduire au-delà d’un cercle éclairé. Dès les années 20, d’autres artistes aux méthodes plus traditionnelles tels Isaak Brodsky et Kouzma Petrov-Vodkine mettent l’accent sur le sujet plutôt que la forme: il faut dépeindre de manière « artistique et documentaire » ouvriers et paysans en train de construire le socialisme.

Le pouvoir stalinien mettra fin en 1932 à ce pluralisme artistique, le « réalisme socialiste » devient la norme, les constructivistes et autres réalistes critiques se voient accusés de formalisme et mis à l’écart. Comme l’explicite Jdanov en 1934, il s’agit de « représenter la réalité dans son développement révolutionnaire » et contribuer ainsi au « travail de remodelage idéologique et d’éducation des travailleurs ». Les peintures d’Alexandre Deneïka sont très représentatives de cet art soviétique: de l’imagerie héroïque. on passe vite à la mythification et à l’hagiographie des chefs, Lénine et Staline en tête. L’art succombera à la propagande dès la fin des années 30.

Cette épopée artistique, sans égale dans le monde contemporain, est à voir au Grand Palais jusqu’au 1er juillet 2019.

L’Arche Russe d’Alexandre Sokourov

Si l’Histoire russe vous intéresse, la reprise de L’Arche Russe d’Alexandre Sokourov est pour vous: 300 ans d’Histoire racontés en 1h50′ en traversant les salles du musée L’Ermitage à Saint-Petersbourg.

L’Arche Russe montre un réalisateur contemporain faisant connaissance à L’Ermitage avec un cynique diplomate français du XIXe siècle. Explorant les splendides couloirs et salons de ce qui était alors appelé le palais d’Hiver, le diplomate et le réalisateur sont témoins de scènes de la Russie tsariste où les héros se nomment Pierre le Grand ou Catherine II, mais aussi témoins d’événements ayant marqué l’histoire du musée comme le dernier grand bal impérial de 1913 ou le tragique siège de Leningrad par les Nazis. L’Arche russe est un flot d’images, d’émotions et de souvenirs courant sur plus de trois siècles d’histoire russe mais aussi deux visions du monde qui s’entrechoquent, qui ne se comprennent guère – à l’image de ces deux héros qui ont parfois du mal à communiquer entre eux, mais dont la réconciliation passera souvent par l’entremise des tableaux. La culture est ici envisagée comme une passerelle entre les peuples.

Tourné en 2001 en un seul plan-séquence avec une caméra SteadyCam numérique, sans montage (!), le film a surpris par ce côté innovateur. Mais l’intérêt va au-delà : L’Arche russe est une formidable déclaration d’amour d’Alexandre Sokourov à son pays au passé si riche et au futur si incertain.

L’Arche Russe ressort en version restaurée ce mercredi 20 mars 2019 en VO sous-titrée aux cinémas Le Champo (Paris 5ème) et Le Balzac (Paris 8ème).

Festival du film russe de Paris: « Quand les Russes s’enflamment »

Si vous avez une semaine de vacances à prendre, c’est le moment! Avec une programmation toujours foisonnante, vous n’aurez que l’embarras du choix pour cette cinquième édition du festival du film russe de Paris, du lundi 11 mars 2019 au mardi 19 mars 2019 dans les cinémas Balzac et Christine 21 et accessoirement au Studio 28 et au Max Linder.

Rétrospective de films soviétiques, tels ceux d’Eldar Riazanov dont le sentimental Ironie du sort est rediffusé chaque nuit de Nouvel An en Russie. Ou encore les films d’auteur comme ceux de Kira Mouratova (Olga vous les recommande!). Sans oublier les grands classiques comme Andreï Roublev de Tarkovski, l’intégrale de Guerre et Paix de Bondartchouk et Le Communiste de Raizman, film idéaliste et chef d’oeuvre de l’époque soviétique selon Olga.

Plus récents, La petite Vera de Pitchoul (en soirée exceptionnelle le 12 mars à 18h au Balzac) était le film culte de la perestroïka, et Portrait au crépuscule de Nikonova, film dur et réaliste des temps actuels. Plus la compétition de cinq longs métrages de jeunes réalisateurs encore inédits en France. Sans oublier la projection de Leto, de Serebrennikov film événement de 2018 dont nous vous avons déjà parlé dans ce blog, et dont la projection le dimanche 17 mars à 20h30 au Max Linder sera suivie d’un concert rock!

Infos plus détaillées et programmation sur le site du festival