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Rouge au Grand Palais

Très belle et intéressante exposition au Grand Palais : « Rouge » présente en 19 artistes et quelque 400 oeuvres l’essor d’un art nouveau au début de l’Union Soviétique jusqu’à sa transformation en art officiel dominé par le réalisme socialiste sous Staline.

On y découvre en première partie l’élan révolutionnaire qui saisit des artistes comme Maïakovski, Lioubov Popova ou Alexandre Rodtchenko dès 1917. Pour eux, l’art doit cesser d’être bourgeois, sortir des musées et expositions pour aller dans la rue et participer à la transformation de la société: le « productivisme », ou art de la production, est né. Le constructivisme appliqué au graphisme et à l’architecture y joue un rôle clé. Ces productions sont d’avant-garde, parfois à la limite de l’abstraction, et peinent à séduire au-delà d’un cercle éclairé. Dès les années 20, d’autres artistes aux méthodes plus traditionnelles tels Isaak Brodsky et Kouzma Petrov-Vodkine mettent l’accent sur le sujet plutôt que la forme: il faut dépeindre de manière « artistique et documentaire » ouvriers et paysans en train de construire le socialisme.

Le pouvoir stalinien mettra fin en 1932 à ce pluralisme artistique, le « réalisme socialiste » devient la norme, les constructivistes et autres réalistes critiques se voient accusés de formalisme et mis à l’écart. Comme l’explicite Jdanov en 1934, il s’agit de « représenter la réalité dans son développement révolutionnaire » et contribuer ainsi au « travail de remodelage idéologique et d’éducation des travailleurs ». Les peintures d’Alexandre Deneïka sont très représentatives de cet art soviétique: de l’imagerie héroïque. on passe vite à la mythification et à l’hagiographie des chefs, Lénine et Staline en tête. L’art succombera à la propagande dès la fin des années 30.

Cette épopée artistique, sans égale dans le monde contemporain, est à voir au Grand Palais jusqu’au 1er juillet 2019.

L’Arche Russe d’Alexandre Sokourov

Si l’Histoire russe vous intéresse, la reprise de L’Arche Russe d’Alexandre Sokourov est pour vous: 300 ans d’Histoire racontés en 1h50′ en traversant les salles du musée L’Ermitage à Saint-Petersbourg.

L’Arche Russe montre un réalisateur contemporain faisant connaissance à L’Ermitage avec un cynique diplomate français du XIXe siècle. Explorant les splendides couloirs et salons de ce qui était alors appelé le palais d’Hiver, le diplomate et le réalisateur sont témoins de scènes de la Russie tsariste où les héros se nomment Pierre le Grand ou Catherine II, mais aussi témoins d’événements ayant marqué l’histoire du musée comme le dernier grand bal impérial de 1913 ou le tragique siège de Leningrad par les Nazis. L’Arche russe est un flot d’images, d’émotions et de souvenirs courant sur plus de trois siècles d’histoire russe mais aussi deux visions du monde qui s’entrechoquent, qui ne se comprennent guère – à l’image de ces deux héros qui ont parfois du mal à communiquer entre eux, mais dont la réconciliation passera souvent par l’entremise des tableaux. La culture est ici envisagée comme une passerelle entre les peuples.

Tourné en 2001 en un seul plan-séquence avec une caméra SteadyCam numérique, sans montage (!), le film a surpris par ce côté innovateur. Mais l’intérêt va au-delà : L’Arche russe est une formidable déclaration d’amour d’Alexandre Sokourov à son pays au passé si riche et au futur si incertain.

L’Arche Russe ressort en version restaurée ce mercredi 20 mars 2019 en VO sous-titrée aux cinémas Le Champo (Paris 5ème) et Le Balzac (Paris 8ème).

Festival du film russe de Paris: « Quand les Russes s’enflamment »

Si vous avez une semaine de vacances à prendre, c’est le moment! Avec une programmation toujours foisonnante, vous n’aurez que l’embarras du choix pour cette cinquième édition du festival du film russe de Paris, du lundi 11 mars 2019 au mardi 19 mars 2019 dans les cinémas Balzac et Christine 21 et accessoirement au Studio 28 et au Max Linder.

Rétrospective de films soviétiques, tels ceux d’Eldar Riazanov dont le sentimental Ironie du sort est rediffusé chaque nuit de Nouvel An en Russie. Ou encore les films d’auteur comme ceux de Kira Mouratova (Olga vous les recommande!). Sans oublier les grands classiques comme Andreï Roublev de Tarkovski, l’intégrale de Guerre et Paix de Bondartchouk et Le Communiste de Raizman, film idéaliste et chef d’oeuvre de l’époque soviétique selon Olga.

Plus récents, La petite Vera de Pitchoul (en soirée exceptionnelle le 12 mars à 18h au Balzac) était le film culte de la perestroïka, et Portrait au crépuscule de Nikonova, film dur et réaliste des temps actuels. Plus la compétition de cinq longs métrages de jeunes réalisateurs encore inédits en France. Sans oublier la projection de Leto, de Serebrennikov film événement de 2018 dont nous vous avons déjà parlé dans ce blog, et dont la projection le dimanche 17 mars à 20h30 au Max Linder sera suivie d’un concert rock!

Infos plus détaillées et programmation sur le site du festival

DAU: l’Union Soviétique revisitée

DAU est un « projet unique, protéiforme et chimérique » (dixit son créateur le réalisateur russe Ilya Khrzanovsky)  qui fait le buzz en ce début 2019! Certains comme les journalistes du Monde semblent fascinés par l’entreprise, tandis que d’autres décrient une réalité ennuyeuse loin des prétentions affichées… et du prix à payer (75€ pour 24h pour le pass le plus courant).

De quoi s’agit-il? A partir d’un projet de long métrage sur le physicien soviétique Lev Landau (d’où le nom DAU) et son institut de recherches à Kharkov (maintenant en Ukraine), Ilya Khrzanovsky et son sponsor l’oligarque Sergeï Adoniev passent de 2009 à 2011 à une reconstitution sur place d’un institut de recherche au temps de Staline. Avec plusieurs centaines de participants volontaires qui auraient ainsi vécu une expérience hors du temps pendant 3 ans tout en étant filmés. En résultent 700 heures de pellicule et 13 longs métrages qui sont la matière première de ce « spectacle total  » qui est maintenant présenté à Paris jusqu’au 17 février 2019.

Nous avons tenté l’expérience: le « visa » (oui, c’est le nom du ticket) validé place du Châtelet, on pénètre dans le Théâtre de la ville en travaux, sombre comme une caverne. Fond musical un rien angoissant, décors et objets d’art soviétiques (courtesy des collections du Centre Pompidou) vous mettent en condition pour vous immerger dans un long métrage dans une cabine privée au sous-sol ou dans la grande salle du théâtre réduite à sa coque en béton. On croise ça et là des mannequins très réalistes habillés comme en 1953, entre deux vidéos le 1er étage propose  des rencontres privées avec des psychologues (ou un chamane) pour leur raconter vos émotions, ainsi qu’un bar façon cantine soviétique : alors, borchtch ou café imbuvable dans un gobelet en aluminium? Et ce monde d’illusions est ouvert 24 heures sur 24, invite à s’incruster dans la durée.

Une fois pris dans l’ambiance, on a l’impression de comprendre cette ambiance soviétique filmée où bonhomie alterne avec brutalité (celle du KGB qui fait irruption dans l’Institut pour embarquer ses victimes), langue de bois (toasts au camarade Staline et à l’avènement du communisme) avec franchise (les protagonistes à huis clos) ou courage (le directeur de l’Institut refusant d’espionner ses collaborateurs).

Beaucoup comme notre élève Anne sont restés dubitatifs. Et les ratés de l’organisation n’arrangent rien. Premier week-end (25 janvier) fermé. Salles fermées, projections décalées. Et le Théâtre du Châtelet, deuxième moitié de DAU, n’ouvrira que ce samedi 2 février 2019: il nous faudra écrire à indo@dau.com pour leur demander une prolongation du visa. Tout cela laisse Ilya Khrzanovsky de marbre: « C’est l’Union soviétique! » ironise-t-il.

 

 

Agenda culturel russe 2019 aux Editions Alliance Russe

Vladislav Maslak, Russe établi en France depuis 1997, lance sa maison d’édition en publiant un agenda culturel russe pour 2019. Cet ouvrage relié  et en langue française indique aussi les fêtes et les commémorations orthodoxes, et est illustré d’oeuvres de peintres russes du XIXe siècle. De quoi baigner dans la culture russe et orthodoxe toute l’année!

Cet Agenda Culturel Russe est disponible sur Amazon ICI

Fêter (l’ancien) Nouvel An russe sur le bateau Daphné!

Vous le savez sans doute, le calendrier julien traditionnel en Russie (l’Eglise Orthodoxe l’utilise toujours) a un décalage actuellement de 13 jours avec le calendrier grégorien en vigueur en Occident depuis la fin du XVIème siècle. Le Nouvel An 2019 d’après ce calendrier julien arrivera donc le dimanche 13 janvier à minuit.

Pour l’accueillir dignement, le bateau Daphné (Port Montebello 75005 Paris, face au 11 quai Montebello) vous propose dès 19h le dimanche 13 janvier 2019 un spectacle avec le duo « Les Cosaques » qui combinent chants cosaques et répertoire tzigane. Cocktail russe, zakouskis et vodka seront évidemment de la partie: С Новым годом!

Participation: 20€. Infos et réservations: info@bateaudaphne.com ou 01 30 36 18 88.

Leto

C’est le film russe de 2018, celui dont on parle et pas seulement pour ses qualités artistiques. Leto (« L’été ») raconte l’émergence d’une scène rock à Leningrad au début des années 80, au milieu du brejnevisme ambiant. On y retrouve  Boris et son groupe Akvarium, et surtout le rockeur Mike (joué par le chanteur Roma Zver), son épouse Natalia (dont les mémoires servent de base au film) et le jeune Viktor Tsoï, future star de la perestroïka. Beaucoup de réminiscences, dans un style par moments surréaliste, qui rendent ce film beau et mélancolique quelque peu étrange à ceux qui n’ont pas vécu cette époque.

Le réalisateur  Kirill Serebrennikov n’a pu venir présenter lui-même son film au festival de Cannes. Objet d’une enquête pour détournement de fonds et assigné à résidence, il apparaît pour beaucoup comme victime d’une reprise en main du Kremlin de milieux artistiques pas assez dociles. Un remake en quelque sorte des difficultés que les rockeurs des années 80 avaient avec les autorités soviétiques…

URSS 1970 au Théâtre Dejazet

Macha Orlova, metteuse en scène d’origine russe vous propose son spectacle sur l’URSS des années 70 jusqu’au 29 décembre 2018 au Théâtre Déjazet (41 bd du Temple, 75003)
Vous allez découvrir l’histoire de la famille Papova qui partage sa « kommunalka », son logement communautaire, avec Ivan Ivanovitch, un camarade communiste, espion du KGB.

Lena, jeune russe enceinte et Youri, intellectuel juif, rêvent d’une vie meilleure en Amérique et feront tout pour parvenir à quitter cette dictature. Olga, la mère de Lena est déchirée entre le désir de sa fille et sa peur de l’inconnu. La tante Anna reste attachée à sa ville natale autant qu’à ses souvenirs. Parviendront-ils à réaliser leur rêve d’exil ?

Une histoire d’une période pas si lointaine, qui alterne entre rires et larmes, réalisme et envolées poétiques.

Renseignements et réservations sur le site du théâtre

Oumka en concert au café Le Kibélé

Pour changer de Tchaïkovski et des grands classiques, Alexandra vous recommande le concert d’Oumka (« petit ours » en langue tchouktche) ce mardi 27 novembre 2018 à 21h15 au café du Théâtre Le Kibélé (12 rue de l’Echiquier, 75010). Entrée libre!

Poétesse, traductrice, auteur-compositeur, Oumka poursuit sa carrière de chanteuse depuis 1995 avec plus de 30 albums et 500 chansons. Elle compose dans un style rock-blues-country musicalement très classique, mais avec des paroles en russe. Pour la découvrir, allez l’écouter sur son site umka.ru

Le Cabaret des trois soeurs d’après Tchekhov au Théâtre de l’Epée de Bois

Les trois soeurs de Tchekhov vivent en province et rêvent d’aller à Moscou. Le poète, acteur et metteur en scène Bruno Niver reprend le concept de trois soeurs, cette fois à Moscou de notre temps, qui rêvent de partir ailleurs… sans y arriver. Les comédiens russes chantent les destins désenchantés de leurs personnages, racontent leur vie et leur époque. Ils évoquent en filigrane Moscou et ses problèmes contemporains et en même temps l’intemporalité de la Russie éternelle. Textes et chansons (en français et russe surtitré) s’enchaînent, adaptés aussi bien des années 20 (Brecht, cabaret soviétique) que du rock moderne (Dépêche Mode, Muse) en passant par le chant lyrique.

Représentations tous les jours (sauf lundi) jusqu’au 25 novembre 2018 au Théâtre de l’Epée de Bois – Cartoucherie (métro : Château de Vincennes). Renseignements et réservations sur le site du théâtre.